Bushwick

J’ai décidé de traquer les ersatz de Berlin Est à Brooklyn et j’ai trouvé, vers Bushwick, deux ou trois blocs qui pourraient bien faire l’affaire.

(Voisin de ce Giant Bird, le faux dentiste de mon dernier Grand Jeu Concours en date.)

(Mon amie Claire me disait la semaine dernière qu’une enquête classait Roberta’s en deuxième position des meilleures pizzérias du monde ; où l’on suppose donc que, dedans, c’est propre.)

Choosing Companions

Aujourd’hui, chez Meredith, répétition avec Allison, Katie et Theo Bleckmann, toujours en vue du gala de jeudi – je mettrai ma plus belle robe et mes chaussures de ville, au mépris des ampoules.

Theo Bleckmann, en plus d’être un garçon charmant et drôle, est l’un des fidèles collaborateurs de Meredith dont la carrière solo a le plus de retentissement. Vous pouvez l’écouter ci-dessous dans un registre différent. Généralement, il penche plutôt vers le jazz. Son dernier disque est chez ECM, oh la la !

Theo Bleckmann : None of the above

Om

Cet après-midi, Meredith Monk participait à une conférence sur le thème « Sound & Healing » au Rubin Museum avec le monsieur en photo ci-dessous (toutes mes photos sont inutilisables, la barbe du docteur absorbant la lumière avec la même force irrépressible que celle de Karl Marx). Elle dit qu’il était très gentil. C’est déjà bien. Le gars vend de la médecine douce à ses patients de Park Avenue et invite à l’insurrection contre les lobbies pharmaceutiques. Des vieilles dames en sarouel orange applaudissaient en renversant la tête de bonheur New Age – je précise que Meredith Monk exècre le New Age autant que moi, toute bouddhiste qu’elle soit.

Brownsville

J’ai écumé de nombreux quartiers de Brooklyn en courant : Williamsburg, Ridgewood, Bushwick, Dumbo, Brooklyn Heights, Bedford Stuyvesant, Park Slope, Crown Heights, Prospect Lefferts Garden, East Flatbush et j’en oublie sans doute. Ce matin, je me demandais où emmener mes baskets et je me suis dit que je n’avais jamais rien lu ni entendu à propos de Brownsville, comme si ça n’existait pas vraiment. Forcément, j’ai eu envie d’aller le vérifier. Eh bien, je pense que si je n’avais jamais entendu parler de ce quartier, c’est parce qu’il est véritablement oublié de tous. Sale et délabré, avec des montagnes de détritus et des labyrinthes de logements sociaux. Je n’ai pas pris beaucoup de photos parce que les gens qui vivent là n’avaient pas l’air d’apprécier.

Sur la carte ci-dessous, l’on voit combien le dessin de ce quartier diffère des autres, avec des chemins reliant les diverses barres et tours plutôt que les habituels damiers eux-mêmes quasiment disposés en fractales.

Williamsburg Bridge

Moins populaire que le Brooklyn Bridge, le Williamsburg Bridge est aussi moins fréquenté, plus sale, plus brut ; il me plaît. J’ai d’abord aimé l’emprunter en métro, comme sur cette première photo, puis à pied, samedi après-midi. Il offre une vue imparable sur les toits couverts de terrasses ou de fresques, ainsi que sur les usines désaffectées dans lesquelles certains d’entre nous savent humer le Berlin Est.

Encore des biscuits

Ce soir, Jo, Allison, Meredith, Ellen et Katie (dans cet ordre sur la photo ci-dessous) ont répété deux nouveaux morceaux, tirés du travail en cours Cellular Songs, qu’elles interpréteront jeudi soir à la remise du Gish Prize. Ce sont des individus formidables à tous égards que j’ai la chance d’approcher là. Je leur suis extrêmement reconnaissante de leur accueil et de leur soutien.

In the kitchen (16) : vierges maries de Brooklyn

Ici, une église porte le nom d’Upper room, prouvant la pertinence de mes intitulés à ceux d’entre vous qui les mettent régulièrement en cause (ainsi, notamment, le titre de cette rubrique Upper rooms & kitchens, alimentée sans faille depuis plus d’un an tous les dimanches matin).

Aucune à ma connaissance ne porte en revanche celui de Kitchen. Je suis déçue, déçue, déçue, comme dirait ma bien-aimée. Aussi ai-je décidé de demander une contribution à quelques citoyens et révérends de bonne volonté afin de rendre un hommage bien mérité à notre mère à tous.

Une vierge marie en trois fois : d’abord, je me dis, Mais qui est-ce donc là-bas qui supervise les travaux ? Puis je zoome, je zoome, et paf, la vierge marie.

Une vierge marie, bras ballants : Eh, dit-elle à ce moine croisé par hasard dans une niche de Brooklyn, c’est mon bébé, rends-le-moi ! – Tu as rêvé, lui répond l’impudent. – Je reste avec lui, décide le petit, il a des citrouilles. – Good kid ! sourit le moine. Tu seras un bon Américain.

Un peu d’ethnologie

Un New-yorkais sur deux a un chien ; les plus riches en ont plusieurs, des machins apprêtés comme des pâtisseries. Je n’ai jamais, dans aucun quartier, vu une crotte sur un trottoir ni même dans un caniveau.

Quand je croise un chat, ce qui n’est pas si fréquent, je m’accroupis pour le caresser et je lui demande comment il va, en français. Personne ne s’en soucie parce que, à New York, des gens chantent dans la rue ou dans le métro, ou alors ils écoutent de la musique qui sort apparemment de leur sac à dos, à très fort volume, ils sont généralement seuls, le visage extrêmement sérieux. Personne ne semble trouver ça inconvenant.

Les New-yorkais attendent, bras croisés, que la caissière ait rangé leurs courses dans des sacs plastiques qu’elles doublent ensuite systématiquement, même si le sac ne comporte que des rouleaux de papier toilette. Quand je dis, Laissez, je vais le faire, et que je remplis mon sac à dos et dis merci, bonne journée, je sens que ça fait plouc, voire New Age.